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Rue Ordener, 18ème arrondissement de Paris. Un taxiphone. Éclairées au néon, deux des six cabines à l’anglaise fonctionnent en permanence.

taxiphones1(source: Emilie Tôn)

Marie vient plusieurs fois par semaine pour appeler d’ici les membres de sa famille restés au Cameroun. Parfois, elle en profite aussi pour s’installer dans un des minuscules box à ordinateur de l’arrière-salle afin d’envoyer quelques e-mails. « J’ai internet à la maison, mais c’est ma fille qui s’en occupe et moi je ne vois jamais l’ordinateur », explique-t-elle.  Chaque mois, ce sont près de 50 euros que l’imposante quinquagénaire dépense dans ce cybercafé, qui vend aussi bien des heures de téléphone, d’ordinateur qu’une palanquée d’accessoires informatiques (écouteurs, ordinateurs, téléphones, mobicartes, enceintes pour portable, rallonges électriques, etc.) « Au final, ça coûte quand même moins cher. Parce que j’ai un fixe à la maison, mais les forfaits internationaux, c’est moins avantageux ». A 0,25 euro la minute sur les portables camerounais, le taxiphone attire une clientèle fidèle.

D’après Dhrupad, le vendeur indien qui travaille là depuis deux ans, 70% des clients sont des gens du quartier qui viennent tous les jours. C’est le cas d’Amedé Essougou,  qui a lui aussi Internet à la maison, mais passe cinq à six heures dans le cybercafé à lire des articles et à travailler à la création de son propre magazine. « C’est sûr que le cyber revient plus cher qu’utiliser Internet à la maison » avoue-t-il. « Mais c’est une manière de faire quelque chose de ma journée, d’avoir vraiment l’impression de travailler et de croiser des gens aussi ». D’ailleurs, il n’est pas tout seul, un ami est assis à côté de lui pour lui tenir compagnie. Que ce soit pour lire leurs mails, regarder des films, jouer à des jeux vidéo, parler sur Skype, surfer sur Facebook ou encore s’informer, l’usage fait des ordinateurs est assez varié. Devant les postes, la concentration est extrême. Ici, on paye à l’heure. Pas de temps à perdre. « Chef, ça fait deux fois que ça plante, change-moi de poste ! ». L’homme d’une soixantaine d’années s’adresse au vendeur du taxiphone. Il en a marre de relancer le même DVD pour la dixième fois.

taxiphones2(source: Emilie Tôn)

Au(x) téléphone(s), l’ambiance est plus détendue. Le wolof se mêle à l’arabe et au français. C’est à qui se fera le mieux entendre. Les conversations durent facilement un quart d’heure. Marie est la championne de la soirée : elle est restée une bonne quarantaine de minutes accrochée au combiné. Le taxiphone est une fourmilière du matin au soir, de 9h à 23h. « On s’en sort pas trop mal, comme ça, sur le plan financier », explique Dhrupad.

André tient un autre taxiphone, mais n’a pas assez de place pour installer une salle à ordinateurs. Pour lui c’est plus dur. « Il y a trop de taxiphones dans le 18ème. Mais en même temps on est obligé de rester ici, parce que c’est là qu’il y a de la clientèle ».

Les magasins de Dhrupad et d’André sont face-à-face. Un troisième se trouve 20 mètres plus loin. André n’a que dix à quinze clients par jour. La situation de son entreprise est inquiétante. Pour que sa boîte survive, il a accepté de recevoir des colis Kiala ou Zalando, sur lesquels il gagne dix centimes pièce. Du coup, les gens viennent dans son taxiphone pour récupérer leurs précieux courriers mais aussi pour appeler à l’international et en France, faire des photocopies ou effectuer des transferts internationaux d’argent. Diversifier son activité est une nécessité pour André, car les jours de la cabine téléphonique sont comptés en France. Des 290.000 cabines France Télécom présentes en 1996, il n’en restait que 131.800 en 2011. Soit moins de la moitié.

Morgane Troadec

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