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Un milliard d’internautes sont actifs sur Facebook, 500 millions sur Twitter. Parmi ces connectés, certains communiquent de plus loin que d’autres. Selon les estimations, 30 millions de comptes sur les réseaux sociaux appartiendraient à des utilisateurs décédés.

Source Adriano Gasparri Flickr(source: Flickr/CC/Adriano Gasparri)

Mark Zuckerberg et Jack Dorsey n’ont sûrement pas imaginé en créant ces plateformes que les internautes viendraient y vivre mais aussi y mourir. Le constat est cruel et implacable : Internet est en train de se transformer en une immense fosse commune virtuelle. Des cimetières en ligne ont été créés comme Memmento qui offre à chacun la chance unique d’avoir une pierre tombale adjacente à celle de Steve Jobs ou d’Elvis Presley.

Au-delà de la réalisation d’un rêve posthume se pose la question des comptes en ligne laissés à l’abandon. Aux Etats-Unis, 580.000 utilisateurs de Facebook vont statistiquement mourir en 2012. Loin de déprimer le monde de la sociabilité en ligne, la mort 2.0 est devenue le nouveau terrain d’innovation des développeurs. A l’heure de la connexion planétaire, le défi ultime ne serait-il pas de reconnecter depuis l’au-delà ceux qui ont réussi à échapper définitivement aux « events », « gifts », « inbox » et « pokes » ?

Facebook a réagi dès 2009 en permettant de transformer une page Facebook en un compte de commémoration. Les proches d’un disparu ont la possibilité de transformer son mur en un carnet de condoléances, s’ils apportent la preuve du décès de l’utilisateur. «Nous protégeons également la mémoire du défunt en ne fournissant plus d’informations d’accès», explique-t-on sur le site.

A la lecture de profils, il est évident que certains amis d’utilisateurs décédés continuent de s’adresser à eux comme s’ils n’avaient pas quitté cette terre virtuelle. « Comment était ton Noël ? », peut-on lire sur un mur. « Moi, j’ai eu des vêtements et toi ? Je viens te voir demain ». Il faut en réalité comprendre : « Je vais au cimetière demain pour me recueillir sur ta tombe ».

Plus rare et plus morbide, un proche peut également reprendre le compte du défunt pour continuer à faire vivre son fantôme. « Dans certains cas, ces personnes vont jusqu’à se prendre pour la personne disparue », précise Jed Brubaker, un chercheur de l’université de Californie qui a travaillé sur le deuil en ligne. C’est ainsi qu’on peut voir des amis décédés apparaître en ligne sur le tchat Facebook.

Aucun algorithme ne permet aujourd’hui à Facebook de distinguer les utilisateurs en chair et ceux qui sont en os. La communauté des morts n’étant pas la plus bavarde, il est difficile d’étudier de façon précise les usages post-mortem des réseaux sociaux. « Nous ne disposons pas de données sur le nombre de comptes de défunt ou en mode commémoratif sur Facebook, ni sur ce que privilégient les utilisateurs », explique Christopher Abboud, porte-parole officiel de Facebook France.

Une chose est sûre, la mort va être de plus en plus présente sur les réseaux sociaux dans les prochaines années. « Les morts ne vont plus rester dans des cimetières que l’on visitera de temps en temps », prédit Jed Brubaker. « Au contraire, ils feront partie du flux d’informations que nous consommerons tous les jours et intègreront notre vie quotidienne ».

Au Royaume-Uni, l’application mobile The Death App permet par exemple de savoir quels sont les homicides qui ont eu lieu autour de l’endroit où l’on se trouve. Impossible cependant de mettre soi-même à jour l’application en pleine agression, seules les données de la police sont utilisées.

Les internautes qui souhaitent contrôler leur e-réputation à froid peuvent recourir au site obitNow.com qui propose d’écrire soi-même sa nécrologie et l’application If I Die offre le luxe de penser longtemps à l’avance ses derniers mots sur Facebook. Prochaine étape, un tweet « Omar m’a tuer » ?

Les plus prévoyants peuvent désormais écrire à l’avance leurs derniers emails. Pour vingt dollars, le site Dead Switch contacte régulièrement ses clients pour savoir s’ils sont en vie. Après plusieurs mails sans réponse, le site envoie lettres d’amour, dernières volontés ou mails incendiaires posthumes.

Le progrès ne s’arrêtant jamais, on pourra même bientôt twitter depuis notre tombe. Le site internet DeadSocial qui ouvrira dans les prochaines semaines permettra aux internautes de préenregistrer des messages Facebook ou Twitter destinés à être postés après leur mort. Il deviendra encore plus difficile de distinguer les morts des vivants puisqu’on pourra « liker » le profil de Jésus et en même temps le « poker » au paradis.

Alors qu’on peut désormais créer des pages Facebook de couples, la question à se poser est la suivante : « jusqu’à ce que la mort nous sépare » existe-t-il sur les réseaux sociaux ?

 Cécile Schilis-Gallego

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