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Allergiques aux ondes téléphoniques ou wifi, les électro-hypersensibles doivent fuir la vie sociale à la recherche de « zones blanches ». Pour eux, la déconnexion est une question de survie.

caravane_davers - copie(source: Flickr/CC/davers)

Depuis des années, Sophie (nom d’emprunt) vit dans les bois, près des cimetières « parce que les morts, eux, n’ont pas de portable ». Cette vie de vagabonde, Sophie l’a commencé quand elle s’est découverte électro-hypersensible (EHS).

Reconnue par l’Organisation Mondiale de la Santé, cette pathologie nouvelle n’est pas traitée en France. Pourtant, ces symptômes empêchent les malades de vivre normalement dès qu’ils sont exposés aux ondes : vertiges, maux de tête, irritabilité, troubles de la mémoire et de la concentration, brûlures, douleurs musculaires, perte du sommeil…

Ils seraient quelques milliers en France à devoir quitter les zones couvertes. Pour eux, les conséquences sociales sont lourdes. A mesure que les « zones blanches » non exposées aux ondes électromagnétiques se réduisent, les EHS s’enfoncent dans la précarité et l’isolement.

De la déconnexion à la désocialisation   

Carte 2G sourcéePour Sophie, tout a commencé il y a 6 ans, lorsqu’elle installe l’Internet sans fil chez elle. Les douleurs sont immédiates. Le diagnostic de son médecin est clair : Sophie doit quitter sa propre maison. C’est le début de la cavale.

Forcée de quitter les zones à forte couverture 2G, 3G et wifi, Sophie n’a pu trouver d’autre solution que de fuir : « J’ai d’abord cru que ça allait passer, mais c’était fini pour moi. J’ai dû choisir la radicalité pour sauver ma peau ». Seulement, il devient difficile de trouver des zones vierges d’ondes : 98% du territoire français est désomais couvert par les réseaux wifi et de téléphone mobile. « Dès que j’arrivais dans une zone blanche, on y installait une antenne. C’est devenu insupportable. J’ai été obligé de m’éloigner définitivement des villes ».

Carte 3G sourcéeSophie s’est réfugiée plus d’un an dans une grotte dans le Vercors, l’une des dernières « zones blanches » de France, avec deux autres femmes également atteintes d’électro-hypersensibilité. Elle a du renoncer car les conditions de vie étaient trop difficiles : « Il n’y avait ni chauffage ni sanitaire. On avait les pieds dans la boue et on s’éclairait à la bougie ». Elle choisit de reprendre la route, cette fois définitivement. Toujours à la recherche d’une zone blanche, elle parcourt les campagnes françaises avec sa camionnette, dans laquelle elle vit. « On doit tout quitter. Personne ne veut s’adapter à nous. Nous sommes seuls ».

Philippe Tribaudeau, 51 ans, a aussi vécu cet isolement. Ancien professeur de technologie dans un collège de Bourgogne, il est devenu électro-hypersensible en 2008. « Entouré d’ordinateurs, je ne pouvais plus travailler. J’ai quitté mon emploi, ma maison, ma compagne… » Tout quitter pour prendre la route, seul.

Comme beaucoup d’EHS, Philippe Tribeaudeau est passé par les hauts plateaux du Vercors, l’une des dernières « zones blanches » de France. « Loin de tout, nous sommes forcés de vivre dans des conditions inhumaines ». Dans sa camionnette, il a vécu plusieurs années en pleine forêt avant de louer une petite maison dans la Drôme, loin de la ville et des réseaux. Malheureusement, ce ne sera qu’un court répit : « J’ai passé beaucoup de temps à errer avant de trouver cette maison. Mais maintenant qu’elle a été vendue. Je vais sans doute devoir repartir à nouveau. »

Être EHS en ville

Evelyne Rouque est également EHS, pourtant, elle vit à Paris. Dans son appartement du 18e arrondissement, elle s’est créée un bunker anti-ondes : « les murs et le sol sont blindés au carbone. Les fenêtres sont protégés par des rideaux de cuivre et d’argent ». Muni de son « grillon », une petite machine qui réagit aux ondes électromagnétiques, elle contrôle constamment le niveau d’exposition de son appartement. L’expérience est probante : dès qu’elle lève le rideau, l’appareil s’emballe.

DSC_0184(Evelyne, source: Emilie Tôn)

Pour elle, tout a commencé fin 2006 alors qu’elle rentrait de vacances. « Je me suis levé un matin, mon corps était entièrement détraqué ». Un ami l’alarme : les six antennes en face à chez elle sont passées à la 3G pendant son absence. Rentrer dans son appartement devient impossible. « C’est comme si on m’écrasait le cerveau dès que je franchissais la porte ». La valise à la main, elle met  un an à retrouver un logement. Galeriste, elle perd son emploi. « C’est un handicap. Aujourd’hui, je cherche un mi-temps mais pas plus, je suis beaucoup trop fatiguée ».

Pour mieux supporter son allergie, Evelyne est traitée dans un hôpital en Angleterre. Là-bas, elle y reçoit des « soins alternatifs », sans produits chimiques. Trois fois par jours, elle avale des « dilutions ». « Ça m’aide à lutter contre les agressions électromagnétiques. Mais ça me coûte 800 euros tous les 3 mois, sans compter les compléments alimentaires. »

Un appartement blindé, un traitement à l’étranger, vivre son électro-hypersensibilité à Paris a un coût. Malgré sa maladie, Evelyne ne veut pas s’isoler. « Je continue à sortir une à deux fois par semaine. Mais je ne peux plus rendre visite à mes amis qui habitent à l’étranger. Prendre l’avion ou le TGV devient très difficile, voire impossible ». Depuis que des bornes wifi ont été installées tout le long des rails, prendre le TGV est devenu un calvaire.

Evelyne refuse la déconnexion. Grâce à son « vieux modem, qui n’émet pas de wifi », elle tient un blog pour mettre à la « disposition d’autres malades, tout ce qu’elle a appris et découvert » sur le sujet. Son téléphone fixe n’arrête pas de sonner. Elle est en relation avec beaucoup d’autres EHS dont Sophie, elle-même en charge de la permanence des Robins des Toits.

Les EHS s’organisent dans leurs revendications par le biais d’associations. Evelyne garde tout de même ses distances : « Je ne veux pas m’enfermer dans une communauté. Ne faire que m’apitoyer. »

Mais sa vie d’EHS citadine, Evelyne va devoir y renoncer. « Je compte mettre en location mon appartement et m’installer dans la Creuse. Un petit village d’une vingtaine de personnes, loin de tout, très peu exposé aux ondes. Je vais y rejoindre des amis ». Le passage prochain de Paris à la 4G, la contraint à quitter la ville. « Je sens des différences ces derniers temps. Je pense qu’ils font déjà des tests. Je vais vite devoir fuir. »

Kocila Makdeche / Emilie Tôn

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